Madame la Rectrice, mesdames et messieurs représentants de l’administration, chers élus,

Cette année a été probablement une des plus éprouvantes pour les enseignants confrontés à une crise sanitaire sans précédent et à des réformes en cascade toujours plus chronophages sans contrepartie financière.

La situation se dégrade et les démissions de professeurs ont triplé en 10 ans ! S’est-on posé la question de la cause de ces abandons ou préfère t on privilégier la politique du « surtout pas de vague » ?

Cette année a dévoilé la réalité du PPCR, pénalisant tant de professeurs et décourageant ceux qui avaient le mérite comme boussole. Elle marque également l’entérinement de la réforme de la FP et de la fin des instances paritaires si chères à nos collègues car elles permettaient de remonter les abus, de leur redonner de l’espoir, de garantir une équité de traitement et une reconnaissance par leurs pairs du travail ainsi qu’une forme de protection face aux risques psycho sociaux.

En démantelant tout cela, on a laissé une part plus grande à l’autonomie qui, si elle présente bien sur le papier, n’a pour conséquence visible actuellement que la caporalisation des équipes enseignantes, l’usage abusif de la nécessité de service, servie à toutes les sauces, pour s’opposer aux droits élémentaires, quitte à laisser des équipes abasourdies, craintives, dans une attitude de repli. La fuite en avant qu’est devenue la mobilité si dégradée avec la fin des FPMA en est l’illustration flagrante ! La méfiance face au respect des barèmes et à la légalité des opérations est réelle ! La bienveillance est un étendard qu’on agite pour exiger une notation toujours en hausse et une tolérance aux comportements a-scolaires. Elle ne s’applique malheureusement pas aux premiers acteurs de ce métier que sont les enseignants. Sinon vous m’expliquerez pourquoi on laisse tant de souffrance au travail perdurer !

L’orientation est à la Réunion intrinsèquement liée à la réussite de nos élèves donc devrait être un levier contre le décrochage scolaire. Encore beaucoup de choses pourraient être faites et il faudrait une fois pour toutes changer ce regard unilatéral et uniforme qui prétend juger l’ambition et de la réussite des élèves par une adhésion plus grande à la voie générale. Nous proposons au contraire une sensibilisation à la voie professionnelle très tôt au collège avec des passerelles, des découvertes, une vision plus inclusive vers le professionnel qui devrait aussi représenter un secteur d’excellence ! Les segpa doivent être mises en avant et le modèle unique de la réussite par la 3ème générale, sans redoublement, démontre tous les ans son hypocrisie, envoyant l’échec toujours plus loin.

Nous espérons que vous aurez une oreille plus attentive que notre ministre car il a préféré ignorer les recommandations de la mission flash de l’Assemblée nationale où nous avons été auditionnés et qui reprend nos préconisations sur le danger de l’abandon de la 3ème spécialité en première, sur la date prématurée de ces épreuves dans l’année, sur la nécessité de travailler davantage avec les Psy-En sur l’orientation dans cette réforme.

Nous vous souhaitons une bonne rentrée, que nous espérons meilleure que celle des TZR prévenus mi-août de leur affectation, pour apprendre parfois qu’ils sont dézonés alors que nos 2 zones sont déjà immenses au regard de l’asphyxie circulatoire, des contractuels qui sans préparation et à la va-vite doivent rejoindre un établissement et n’ont plus aucune visibilité sur leurs affectations, que les AESH qui apprennent en cours de route qu’ils doivent changer leur organisation personnelle et familiale, que les professeurs de lycée qui doivent subir le projet d’évaluation qui parfois fait fi de leur liberté pédagogique, inscrite dans la loi. Une gestion agressive, néo-managériale, de la mise en concurrence est souvent le type de pilotage observé. Que dire d’une CE qui a invité des parents au Conseil pédagogique préparant ce projet d’évaluation ? Que dire de ce qui risque d’arriver quand on observe qu’en collège des cours sont retranscrits et envoyés sur des messageries de parents les invitant à signer une pétition contre l’enseignant. Les tensions, les attaques vont arriver avec ce contrôle continu existant déjà en collège et en professionnel. Nous demandons que les remontées se fassent et que l’institution n’abandonne pas les collègues mais assurent sa mission de protection.

Je vous remercie.
Jérôme MOTET SNALC

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